« A partir du moment où il y a des images, il y a du faux … » Alain Josseau

 

Alain Josseau interroge depuis de nombreuses années notre rapport à la réalité, à la vérité, aux faux semblants, aux vrais simulacres. Il utilise notamment des images de guerre, de vraies fausses images, des vues issues de séquences filmées à l’aspect authentique, recueillies via les réseaux sociaux et les médias.

 

Dans la série DECEPTION, l’artiste utilise des photos faussées ayant toute l’apparence de la vérité, tirées d’un tweet du ministère de la Défense russe. Ces images constituent la matière première que va utiliser l’artiste pour bâtir son œuvre. S’interdisant toute intervention ou manipulation informatique, il recrée, à partir de l’image subterfuge, une maquette (diorama) travaillée pour apparaître aussi vraie que la fausse scène initiale qu’il va ensuite intégrer dans une mise en scène artificielle.  Le fond vert systématique et omniprésent est une référence à la technique d’incrustation par chrominance qui permet d’incorporer dans une même image des objets ou sujets photographiés ou filmés séparément.

 

Le vert substituable à l’infini est aussi celui qui absorbe le réel, la réalité tragique de la guerre disparait dans une prairie monochrome, les termes militaires expriment d’ailleurs une réalité cinématographique.  L’art opératif entre stratégie et tactique militaire se situe au niveau du théâtre d’opérations et génère des scènes de guerre, dont on ne sait si les images appartiennent à la réalité, s’apparentent à de la propagande, servent des stratégies de désinformations ou répandent le faux par jeu ou par goût du fake.

 

Guerre, simulacre de guerre, jeux de guerre, entretiennent plus que jamais des liens indissociables. Manœuvres militaires filmées dans des décors dignes de studios Hollywoodiens construits en plein désert - théâtres d’opération fictifs ou dispositifs de réalité virtuelle au sein de décors en images de synthèse pour entraînement militaire réels, jeux vidéo … toute la gamme du faux est idéalement servie par les technologies actuelles de traitement de l’image.

 

A travers ses sublimes dessins à l’encre, acrylique et crayon, étape finale du processus inversé de reconstruction réelle d’une fausse réalité, Alain Josseau, en écho à l’histoire de l’art et ses extravagantes et grandioses scènes de guerre, évoque une autre guerre, celle des images et esquisse les contours de l’ère de la virtualité établie comme réalité première

 

 

Sylvie Veyrac

 

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L'illumination philosophique de Laurent Lamy :

"Toutes les fautes sont égales. Il n’y a qu’une faute : ne pas avoir la capacité de se nourrir de lumière".

Simone Weil

(La pesanteur et la grâce)

"Le silence semble nous renvoyer par essence à un au-delà, à une transgression de la limite. C'est en cet au-delà même que nous sommes appelés à écouter : écouter être une partition, une musique indéfinissable et dont on parlerait pourtant, écouter aussi un tableau, au sens claudélien de l’œil qui écoute : " Je crois, dit Paul Claudel, que nous comprendrions mieux les paysages hollandais, ces thèmes de contemplation, ces sources de silence, si nous apprenions à leur tendre l'oreille en même temps que les yeux."

Laurent Lamy

" En sauvant la couleur et le son, la saveur d'un mot, l'artiste, sans le vouloir explicitement, ressuscite la vérité la plus primitive du monde de notre vie que la savant ensevelit; en créant des figures et des mythes, il interprète le monde et institue en permanence un jugement éthique sur notre existence, même si il ne moralise pas ; surtout si il ne moralise pas. "

Paul Ricoeur, Histoire et vérité.  

 

"La couleur est à la peinture ce que le concept est à la philosophie."

Gilles Deleuze