2020

 

A l’intérieur, dedans, entre les murs, longtemps … nous entretenons avec nos lieux de vie de nouvelles relations. Nous les habitons différemment, nous nous y déployons et y projetons nos propres paysages intérieurs, ceux qui Nous habitent.

 

C’est cette intimité nouvelle avec nos « home », que Béatrice Utrilla s’approprie et questionne.  Elle capte des images familières de portes et fenêtres, de couloirs, d’escaliers vides, où seules vivent des plantes d’appartement telles des sentinelles, derniers témoins d’un temps révolu. A partir de ces fragments elle recrée des univers, d’autres paysages, d’autres histoires.

 

L’instant est suspendu, le silence est immense, il n’y a pas de courant d’air.

 

Ses photos d’intérieurs vides possèdent la beauté improbable de celles que l’on a oubliées, comme ces plantes qui se mettent soudain à exister pour d’autres qu’elles-mêmes.  

 

Les motifs qui tapissent nos murs nous envahissent ou nous engloutissent, remplissent les vides et demeurent, se révèlent, se réveillent.

 

Béatrice Utrilla veille, elle observe et recueille des traces de vie, redessine avec elles les contours intérieurs de nos imaginaires et nous appelle à un voyage introspectif et philosophique.

 

L’Homme s’est momentanément absenté de ces intérieurs vides où il cultive des plantes tropicales trans-plantées et dé-naturée. L’appartement, l’immeuble, la rue, la ville sont autant de limites qui bordent nos regards et nous renvoient au cadre, à l’image photographique que l’artiste recrée avec les indices laissés sur place.

 

Béatrice Utrilla joue avec les limites pour mieux cerner l’essence qui anime le réel et dont chacun, à sa façon, est détenteur.

 

Sylvie Veyrac 

 

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L'illumination philosophique de Laurent Lamy :

"Toutes les fautes sont égales. Il n’y a qu’une faute : ne pas avoir la capacité de se nourrir de lumière".

Simone Weil

(La pesanteur et la grâce)

"Le silence semble nous renvoyer par essence à un au-delà, à une transgression de la limite. C'est en cet au-delà même que nous sommes appelés à écouter : écouter être une partition, une musique indéfinissable et dont on parlerait pourtant, écouter aussi un tableau, au sens claudélien de l’œil qui écoute : " Je crois, dit Paul Claudel, que nous comprendrions mieux les paysages hollandais, ces thèmes de contemplation, ces sources de silence, si nous apprenions à leur tendre l'oreille en même temps que les yeux."

Laurent Lamy

" En sauvant la couleur et le son, la saveur d'un mot, l'artiste, sans le vouloir explicitement, ressuscite la vérité la plus primitive du monde de notre vie que la savant ensevelit; en créant des figures et des mythes, il interprète le monde et institue en permanence un jugement éthique sur notre existence, même si il ne moralise pas ; surtout si il ne moralise pas. "

Paul Ricoeur, Histoire et vérité.  

 

"La couleur est à la peinture ce que le concept est à la philosophie."

Gilles Deleuze