habite le corps grimpant
l’arbre parcouru
les bras encore tremblants
dessiner
nouveau point de vue

Cécile Lamy grimpe aux arbres. Vit parfois plusieurs jours dans un arbre. S’imprègne du mouvement et de la vie des arbres. Intensément…

 

L’approche se fait progressivement et commence par le choix de l’arbre : l’espèce à laquelle il appartient, son nom, Hêtre, Tremble, Chêne, Erable, Platane… sa capacité morphologique et physiologique à accueillir l’artiste grimpeuse. Il y a aussi, de l’aveu même de l’artiste « quelque chose de l’ordre de l’attrait, une singularité qui m'attire, me donne envie de grimper, d'aller à la rencontre de cet arbre. Quand je vois certains arbres, peu importe leur essence ou leur taille ou leur santé, j'ai envie de grimper dedans. Cela peut être de l'ordre du coup de cœur esthétique, mais aussi un agencement de branches particulier qui me donne envie de l'appréhender avec mon corps, de faire l'expérience de la chorégraphie que mon corps va exécuter pour se déplacer dans cet arbre là. »

 

Vient ensuite une phase d’apprivoisement mutuel, il s’agit de faire connaissance avant la traversée. Si l’installation de cordages et d’accroches accorde un temps supplémentaire avant la grimpe et procure une expérience différente, plus aérienne, une grande partie des grimpes de l’artiste se déroulent pourtant à bras-le-corps, avec un contact direct avec l'arbre.

 

Pénétrer le corps de l’arbre, progresser sur les branches, percer son feuillage, tendre vers la cime dans un corps à corps intégral, exaltant, périlleux. Eprouver le frémissement du vent dans la ramure, sentir la lumière du soleil jouer avec ses feuilles, les éclats de la lune, le bruissement de la nuit, les oiseaux, le ciel par intermittence, saisir la poésie propre à cet arbre-là.

 

Dans le tourbillon de l’énergie ascensionnelle, à travers cette expérience immersive, Cécile Lamy reçoit les vibrations de ces vivantes sculptures, nos pairs les arbres. La sève au cœur, la peau d’écorce et de mousse, ces sages guident la main de l’artiste.

 

Les dessins de Cécile sont inspirés. Les lignes tracées au charbon de bois se chevauchent et se consument dans la fougue du trait. Des œuvres se déroulent parfois du haut vers le bas, suspendues et flottantes, délicates oriflammes soumises au souffle des airs.  D’autres transportent les mots de l’artiste, ceux qui ont émergés de l’aventure et ceux qui l’ont nourri, ou révèlent, à travers la fragilité du trait, la fréquence vibratoire de l’arbre sujet. Les poèmes de Cécile, comme ses dessins, incarnent le partage généreux d’une expérience personnelle, ses œuvres nous rappellent à nos racines et nous emmènent à la lisière des rêves, dans l’étoilement des arbres. 

 

Sylvie Veyrac

 

 

 

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L'illumination philosophique de Laurent Lamy :

"Le silence semble nous renvoyer par essence à un au-delà, à une transgression de la limite. C'est en cet au-delà même que nous sommes appelés à écouter : écouter être une partition, une musique indéfinissable et dont on parlerait pourtant, écouter aussi un tableau, au sens claudélien de l’œil qui écoute : " Je crois, dit Paul Claudel, que nous comprendrions mieux les paysages hollandais, ces thèmes de contemplation, ces sources de silence, si nous apprenions à leur tendre l'oreille en même temps que les yeux."

Laurent Lamy