Philippe Lamy donne corps à la couleur dans la profondeur de la matière. L’artiste intervient sur ses toiles dans un continuum où chaque couche de peinture vient enrichir la précédente provoquant l’incident minuscule qui se transformera finalement en crevasse, sillon ou relief.

 

L’intensité et la nature de la couleur se modifient suivant les réactions résultant des processus de dépôt, de coulure, d’accumulation et de séchage de la peinture. Ainsi s’élabore la toile, vaste champ coloré dont la monochromie apparente se fragmente et se disperse dans chaque détail. Ces infimes paysages en recèlent beaucoup d’autres et s’imposent au regard comme une mise en abîme aléatoire de la peinture. La lumière emprisonnée dans leurs épaisseurs en révèle les innombrables nuances.

 

Le cœur de l’atelier bat au gré des tempos impulsés par les interventions de l’artiste sur ses toiles. Par intervalles, la couleur déborde et envahit sol, murs et objets. Le volume de l’atelier se vit alors comme un prolongement de l’espace de la toile jusqu’à l’interruption, la reprise ou l’achèvement du travail. Succède le silence…

 

Aux cycles d’apaisement pourrait correspondre le temps des dessins. Les graphismes de l’artiste relèvent d’un patient travail d’observation et de structuration du sujet. Le trait, agile et précis, ne saurait se définir sans celui qui le précède, lui-même appelant le suivant dans un mouvement ininterrompu visant à l'accomplissement de l’ensemble.

 

La contemplation de ces œuvres graphiques fascine. Le spectacle de la lente stratification de la matière colorée sur la toile aspire et absorbe. Quelque part entre présence absolue et absence souveraine, Philippe Lamy, grâce à l’incontestable et immense maîtrise de son art, nous invite à un voyage expérimental aux confins de la peinture et du dessin.

 

 

Sylvie Veyrac

 

 

L'ENTRACTE sera fermé les 25,26,27 et 28 mai 2017 pendant le pont de l'ascension.

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L'illumination philosophique de Laurent Lamy :

Le silence semble nous renvoyer par essence à un au-delà, à une transgression de la limite. C'est en cet au-delà même que nous sommes appelés à écouter : écouter être une partition, une musique indéfinissable et dont on parlerait pourtant, écouter aussi un tableau, au sens claudélien de l’œil qui écoute : " Je crois, dit Paul Claudel, que nous comprendrions mieux les paysages hollandais, ces thèmes de contemplation, ces sources de silence, si nous apprenions à leur tendre l'oreille en même temps que les yeux."

Laurent Lamy

« En sauvant la couleur et le son, la saveur d'un mot, l'artiste, sans le vouloir explicitement, ressuscite la vérité la plus primitive du monde de notre vie que la savant ensevelit; en créant des figures et des mythes, il interprète le monde et institue en permanence un jugement éthique sur notre existence, même si il ne moralise pas ; surtout si il ne moralise pas. »

Paul Ricoeur, Histoire et vérité.  

 

"La couleur est à la peinture ce que le concept est à la philosophie."

Gilles Deleuze